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Journée mondiale de l’alimentation 2026: au Maroc, nourrir mieux devient un impératif de santé publique

Journée mondiale de l’alimentation 2026: au Maroc, nourrir mieux devient un impératif de santé publique

 Dr Anwar CHERKAOUI 
 Expert en communication médicale et de santé 

« Innover aujourd’hui pour nourrir demain » : derrière ce slogan se joue un défi majeur pour le Maroc. 

Il ne suffit plus de produire suffisamment de nourriture. 

Il faut garantir à tous une alimentation saine, équilibrée, accessible financièrement et respectueuse des ressources naturelles.

Célébrée le 16 octobre, la Journée mondiale de l’alimentation invite à repenser nos systèmes alimentaires face aux bouleversements climatiques, au stress hydrique, aux transformations des habitudes de consommation et à la progression des maladies chroniques.

Pour Pr Hassan Aguenaou, expert en nutrition et vice-président de la Société marocaine de nutrition, santé et environnement, l’enjeu est désormais de dépasser la seule sécurité alimentaire pour placer la qualité nutritionnelle au cœur des politiques publiques.

 Produire davantage ne suffit plus 

Le Maroc se trouve à la croisée de plusieurs défis. 
La raréfaction de l’eau et les changements climatiques fragilisent les systèmes agricoles, tandis que le coût de la vie peut empêcher certaines familles d’accéder à une alimentation équilibrée.

Dans le même temps, le surpoids, l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires constituent des préoccupations croissantes de santé publique.

« Il est nécessaire d’élargir notre vision au-delà de la simple sécurité alimentaire pour inclure également la sécurité nutritionnelle », souligne Hassan Aguenaou. 

L’objectif est clair : permettre à chacun d’accéder à une nourriture suffisante, saine, variée, équilibrée et financièrement abordable.

L’innovation apparaît, dans ce contexte, comme un levier essentiel. 

Mais elle ne se limite pas aux nouvelles technologies. 

Elle concerne également les pratiques agricoles, la recherche scientifique, l’éducation nutritionnelle et les initiatives sociales.

Elle doit permettre d’améliorer la production, de réduire le gaspillage et de valoriser les produits locaux ainsi que le patrimoine culinaire marocain.

 Le paradoxe de la malnutrition 

La malnutrition au Maroc ne se résume pas à la sous-alimentation. 

Le pays fait face à un paradoxe nutritionnel : les carences en vitamines et en minéraux persistent dans certaines franges de la population, alors que le surpoids et l’obésité progressent.

Plus préoccupant encore, ces deux phénomènes peuvent coexister chez une même personne. 

Un individu peut présenter un excès de poids tout en souffrant de carences en micronutriments essentiels.

Ce double fardeau rappelle qu’une alimentation abondante n’est pas nécessairement une alimentation de qualité. 

Le défi consiste donc à garantir non seulement l’accès aux aliments, mais aussi leur diversité et leur valeur nutritionnelle.

Cette priorité suppose une mobilisation collective associant les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, de la recherche et de l’environnement. 

La nutrition ne peut être considérée comme la responsabilité exclusive du système de santé : elle dépend aussi des conditions de production, des revenus des ménages, de l’information des consommateurs et des politiques éducatives.

 La recherche, un outil pour mieux décider 

Pour bâtir des politiques nutritionnelles efficaces, encore faut-il disposer de données fiables sur les habitudes alimentaires et l’état nutritionnel de la population.

À cet égard, Pr Hassan Aguenaou met en avant la Table marocaine de composition des aliments 2026, élaborée par le Haut-Commissariat au Plan avec ses partenaires et avec le soutien du bureau de la FAO au Maroc.

Cet outil rassemble des informations sur la composition nutritionnelle de 1 001 aliments consommés au Maroc, en prenant en compte 43 constituants pour chaque aliment. 

Il comprend des produits de base, mais aussi des plats traditionnels marocains.

Ses applications sont nombreuses : enquêtes alimentaires, recherche scientifique, éducation nutritionnelle et élaboration des politiques publiques.

Pour le spécialiste, la science ne doit pas rester confinée aux laboratoires. 

Elle doit éclairer les décisions publiques et contribuer concrètement à l’amélioration de la santé des citoyens.

Le Maroc dispose déjà de plusieurs programmes et stratégies, notamment la Stratégie nationale multisectorielle de nutrition 2024-2030 et le programme agricole Génération Green 2020-2030. 

L’Éducation nationale, l’Initiative nationale pour le développement humain, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires et le Haut-Commissariat au Plan apportent également leur contribution.

Le principal enjeu consiste désormais à mieux coordonner ces initiatives, à évaluer leurs résultats et à étendre les actions efficaces à une plus grande échelle.

 Retrouver les bons réflexes alimentaires 

Face à ces défis, les citoyens ont également un rôle à jouer. 

Pr Aguenaou recommande de diversifier l’alimentation, de privilégier les légumes, les fruits et les légumineuses, de limiter les aliments riches en sucre, en sel et en graisses, de boire principalement de l’eau et de maintenir une activité physique régulière.

Il plaide également pour une meilleure valorisation du patrimoine alimentaire marocain, riche en céréales, légumineuses, huile d’olive, poissons, fruits et légumes.

 Autre priorité : lutter contre le gaspillage alimentaire. 

Jeter un aliment revient aussi à gaspiller l’eau, l’énergie et les ressources mobilisées pour le produire. 

Mais la sensibilisation individuelle ne saurait suffire si une partie de la population n’a pas les moyens financiers d’accéder à une alimentation de qualité.

L’éducation nutritionnelle doit ainsi aller de pair avec des politiques favorisant l’accessibilité économique des aliments sains.

 La jeunesse et le Mondial 2030 : deux leviers à saisir 

Les jeunes Marocains sont appelés à s’intéresser davantage à la nutrition, à l’agriculture, à l’environnement, aux sciences et à l’innovation. 

Ils ne seront pas uniquement les consommateurs de demain, mais aussi les futurs chercheurs, médecins, nutritionnistes, agriculteurs, ingénieurs et décideurs appelés à transformer les systèmes alimentaires.

Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière constituent sont des meilleurs investissements pour préserver leur santé future.

Dans cette perspective, la Coupe du monde de football 2030 pourrait devenir une occasion de promouvoir des habitudes de vie plus saines indique Hassan Aguenaou. 

Au-delà de son rayonnement international, cet événement pourrait valoriser les produits locaux, le patrimoine culinaire marocain, la restauration durable et la lutte contre le gaspillage.

Il pourrait aussi servir de support éducatif auprès des jeunes en associant deux dimensions indissociables de la prévention : l’activité physique et l’alimentation équilibrée.

 Nourrir demain, c’est protéger la santé d’aujourd’hui 

Le Maroc possède des atouts importants : une agriculture diversifiée, un patrimoine culinaire remarquable, des compétences scientifiques et des stratégies nationales ambitieuses. 

Il lui faut désormais transformer ces ressources en résultats concrets et durables.

Le message essentiel à l’occasion de cette journée mondiale de la l’alimentation est sans ambiguïté : l’avenir ne dépend pas uniquement de la quantité de nourriture produite, mais de la capacité à mieux produire, à mieux nourrir et à préserver les ressources naturelles pour les générations futures.

À l’occasion de cette Journée mondiale de l’alimentation, une évidence s’impose : la lutte contre la malnutrition, sous toutes ses formes, doit devenir une priorité stratégique de santé publique et de développement durable.

 Garantir une alimentation suffisante ne suffit plus. 

Il faut aussi qu’elle soit nutritive, saine, accessible et durable.

Ca les générations futures et investir dans le développement humain.

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