Sofia Majid
Experte en kinésithérapie
A l’occasion de la journée mondiale des rhumatismales (12 octobre) on donne l'occasion à un professionnel de la santé qui interviens dans circuit de la prise en charge des maladies rhumatismales: Le kinésithérapeute.
Bouger sans se faire mal, renforcer ses muscles et préserver son autonomie : la kinésithérapie occupe une place essentielle dans la prise en charge des maladies rhumatismales.
Mais attention, tous les mouvements ne se valent pas!
La clé réside dans une rééducation adaptée à chaque patient, à sa maladie et à ses capacités.
Quand les articulations font mal, le premier réflexe est souvent de bouger moins.
Marcher devient pénible, monter un escalier demande un effort supplémentaire et certains gestes du quotidien se transforment en véritables épreuves.
Le repos semble alors être la solution idéale.
Pourtant, rester trop longtemps inactif peut aggraver les difficultés.
C’est là que la kinésithérapie entre en jeu.
En collaboration avec le rhumatologue, le kinésithérapeute aide le patient à entretenir sa mobilité, à renforcer ses muscles et à conserver son autonomie.
Son objectif n’est pas seulement de soulager la douleur, mais aussi de permettre à chacun de continuer à vivre, à travailler et à se déplacer dans les meilleures conditions possibles.
Bouger moins pour avoir moins mal ?
Pas toujours !
La douleur pousse naturellement à limiter les mouvements.
Mais ce réflexe, lorsqu’il devient systématique, peut entraîner une perte de force musculaire, une diminution de l’endurance et une réduction progressive des capacités physiques.
Un cercle vicieux peut alors s’installer : moins on bouge, plus le corps perd ses capacités ; plus les capacités diminuent, plus les gestes quotidiens deviennent difficiles.
La solution ?
Une activité physique adaptée et des exercices thérapeutiques progressifs.
Selon les besoins, le programme peut comprendre du renforcement musculaire, des exercices pour assouplir les articulations, un travail de l’équilibre ou encore des activités destinées à améliorer l’endurance.
Certains exercices reproduisent même des gestes simples de la vie courante.
L’essentiel est de respecter les capacités de chacun.
En cas de rhumatisme inflammatoire, le programme doit également tenir compte de l’activité de la maladie.
Une articulation très gonflée, une douleur inhabituelle ou une aggravation rapide des symptômes justifie une réévaluation médicale.
Le bon principe : bouger intelligemment, plutôt que bouger à tout prix.
À chaque rhumatisme, sa rééducation
Il n’existe pas de programme universel de kinésithérapie.
Les exercices doivent être adaptés à la maladie, à son évolution et aux objectifs personnels du patient.
Dans l’arthrose, le renforcement musculaire, les exercices d’endurance et le travail fonctionnel peuvent contribuer à réduire les difficultés et à préserver les activités quotidiennes.
La kinésithérapie ne fait pas disparaître les modifications de l’articulation, mais elle aide à mieux vivre avec leurs conséquences.
Dans les rhumatismes inflammatoires chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde ou les spondyloarthrites, les traitements médicaux visent notamment à contrôler l’inflammation.
La kinésithérapie intervient en complément pour entretenir la mobilité, les capacités physiques et l’autonomie.
Quant aux douleurs du dos et aux autres troubles musculosquelettiques, la rééducation favorise une reprise progressive du mouvement, améliore les capacités physiques et aide à retrouver confiance dans les gestes quotidiens.
En clair, il ne s’agit pas de demander à tous les patients de faire les mêmes exercices, mais de déterminer avec chacun ce qu’il peut faire, ce qu’il doit adapter et ce qu’il souhaite retrouver.
Soulager la douleur pour retrouver le mouvement
Comment participer aux exercices lorsque chaque mouvement semble douloureux ?
Pour améliorer le confort du patient, le kinésithérapeute peut recourir, selon la situation, à des mobilisations, à certaines techniques manuelles ou à des applications de chaud et de froid.
Ces méthodes peuvent faciliter la reprise des activités.
Mais elles ne constituent pas une solution à elles seules.
Le véritable objectif est de profiter de l’amélioration du confort pour progresser dans la rééducation, renforcer les capacités physiques et retrouver davantage d’aisance dans la vie quotidienne.
Soulager, c’est bien. Aider le patient à retrouver ses capacités, c’est encore mieux.
TECAR, laser : des appareils, mais pas de miracle !
TECAR, laser et autres techniques utilisant des appareils font partie des méthodes proposées dans certaines prises en charge en kinésithérapie.
Faut-il pour autant les considérer comme indispensables ?
Leur intérêt dépend de l’indication, de la situation clinique et des données scientifiques disponibles.
Elles peuvent compléter la rééducation dans certains cas, mais ne remplacent ni les exercices thérapeutiques ni les traitements médicaux prescrits.
Le patient doit donc pouvoir comprendre pourquoi une technique lui est proposée et quelle place elle occupe dans son programme de soins.
Un appareil sophistiqué ne garantit pas, à lui seul, un meilleur résultat.
Entre les séances, la vie continue !
La rééducation ne s’arrête pas à la porte du cabinet de kinésithérapie.
Les habitudes quotidiennes jouent également un rôle important.
Une activité physique régulière et progressive, la limitation des périodes prolongées de sédentarité et une meilleure répartition des efforts peuvent contribuer à préserver les capacités physiques.
Le sommeil, la fatigue et les temps de récupération doivent aussi être pris en compte.
Apprendre à alterner activité et repos permet de mieux gérer les symptômes, sans tomber dans l’évitement systématique du mouvement.
Le kinésithérapeute peut également conseiller des gestes moins contraignants et des adaptations des activités.
Lorsque l’autonomie est affectée, l’ergothérapeute peut intervenir pour adapter l’environnement et proposer des aides techniques.
L’alimentation équilibrée fait aussi partie des habitudes favorables à la santé, même si les conseils nutritionnels personnalisés relèvent notamment du médecin ou du diététicien.
Autre élément essentiel : comprendre le but des exercices.
Un patient qui sait pourquoi il bouge et constate ses progrès peut gagner en confiance et mieux participer à sa prise en charge.
Le rhumatologue et le kinésithérapeute : un travail d’équipe
La prise en charge des maladies rhumatismales ne repose pas sur un seul professionnel.
Selon les besoins, elle associe le rhumatologue, le kinésithérapeute, l’ergothérapeute et d’autres professionnels de santé.
Chacun apporte ses compétences, avec un objectif commun : adapter les soins à la situation du patient et préserver, autant que possible, ses capacités fonctionnelles.
Cette coordination permet de mieux articuler le traitement médical, la rééducation et les adaptations nécessaires dans la vie quotidienne.
Préserver le mouvement, c’est préserver la liberté
La kinésithérapie en rhumatologie ne se résume ni à quelques exercices ni à des techniques destinées à calmer la douleur.
Elle accompagne le patient dans la durée, l’aide à maintenir ses capacités et lui permet de reprendre progressivement confiance dans son corps.
Les progrès ne se mesurent pas uniquement en force musculaire ou en amplitude articulaire. Ils peuvent aussi se traduire par une promenade retrouvée, un escalier remonté sans appréhension ou un geste quotidien redevenu plus facile.
Des victoires parfois modestes en apparence, mais essentielles pour la qualité de vie.
Car, face aux maladies rhumatismales, préserver le mouvement, c’est aussi préserver l’autonomie, la participation sociale et la liberté d’agir.
