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Goutte: quand le gros orteil crie au secours, les reins et le cœur peuvent aussi être concernés !

Goutte: quand le gros orteil crie au secours, les reins et le cœur peuvent aussi être concernés !

Dr Anwar CHERKAOUI échange avec le Pr Fadoua ALLALI / Société Marocaine de Rhumatologie 

 Dans le cadre de la Décade de la Rhumatologie marocaine, organisée le mois d’octobre de chaque année, la Société Marocaine de Rhumatologie met l’information médicale à la portée de tous avec le lancement du guide « Rhumato 10 X 10 » : dix questions et dix réponses pour mieux comprendre les maladies rhumatismales. 

Une initiative pédagogique qui entend combattre les idées reçues, rendre les connaissances médicales accessibles et aider chacun à devenir acteur de sa santé.

Parmi les maladies abordées, la goutte mérite une attention particulière. 

Longtemps caricaturée comme une maladie de bons vivants, elle peut provoquer des douleurs si violentes qu’un simple contact avec un drap devient insupportable.

Mais derrière un gros orteil rouge et gonflé se cache parfois une réalité plus complexe, associant troubles métaboliques, atteintes rénales et risques cardiovasculaires.

Un taux élevé d’acide urique signifie-t-il forcément que l’on souffre de goutte ? 

Faut-il renoncer à certains aliments ? Pourquoi les crises peuvent-elles survenir au début du traitement ? 

Et peut-on réellement contrôler cette maladie sur le long terme ?

 Dans cette interview conduite par Dr Anwar CHERKAOUI, Pr Fadoua ALLALI, de la Société Marocaine de Rhumatologie, répond à dix questions essentielles pour démystifier la goutte et rappeler qu’avec un diagnostic approprié, un traitement adapté et un suivi régulier, il est possible de reprendre le contrôle de la maladie. 

 Dr Anwar CHERKAOUI : Qu’est-ce que la goutte, exactement ?

 Pr Fadoua ALLALI : La goutte est une maladie inflammatoire liée à la formation de cristaux d’urate dans les articulations et parfois dans d’autres tissus. Lorsque le taux d’acide urique reste trop élevé dans le sang pendant une période prolongée, ces cristaux peuvent se déposer dans l’organisme. 
Une crise survient lorsque ces dépôts déclenchent une réaction inflammatoire. La douleur peut alors être particulièrement intense.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Qui est le plus exposé à cette maladie ?

 Pr Fadoua ALLALI : La goutte touche plus fréquemment les hommes après quarante ans. Chez les femmes, elle devient plus fréquente après la ménopause. Plusieurs facteurs favorisent son apparition : le surpoids, l’hypertension artérielle, le diabète, les maladies rénales, certains médicaments, notamment les diurétiques, ainsi que la consommation d’alcool.
Il faut également combattre une idée reçue : la goutte n’est pas exclusivement une maladie des personnes aisées ou des amateurs de festins. 
C’est une véritable maladie métabolique qui peut toucher des personnes aux profils très différents.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Comment reconnaître une crise de goutte ?

 Pr Fadoua ALLALI : La crise se manifeste généralement par une douleur brutale, souvent nocturne, accompagnée d’une articulation rouge, chaude et gonflée. La sensibilité peut être telle que le simple contact d’un drap devient insupportable.
Le gros orteil est l’articulation la plus classiquement touchée, mais la cheville, le genou ou le poignet peuvent également être concernés. Une première articulation rouge, chaude et très douloureuse nécessite une consultation rapide, car d’autres maladies, notamment une infection articulaire, peuvent présenter des symptômes similaires.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Que faut-il faire lorsque la crise survient ?

 Pr Fadoua ALLALI : Il faut consulter rapidement afin de confirmer le diagnostic et de commencer le traitement adapté. Selon le profil du patient, ses antécédents et sa fonction rénale, le rhumatologue peut prescrire de la colchicine, un anti-inflammatoire ou un autre traitement approprié. L’application de glace, protégée par un linge, peut également contribuer à soulager la douleur.
Une précaution essentielle concerne la colchicine : sa dose doit être strictement respectée, car un surdosage peut être toxique, voire grave. 

En cas de diarrhée ou d’autres effets indésirables, le patient doit contacter rapidement son médecin pour connaître la conduite à tenir. 
Il ne faut jamais ajuster seul son traitement.
Acide urique : attention aux conclusions trop rapides

 Dr Anwar CHERKAOUI : Un taux élevé d’acide urique signifie-t-il automatiquement que l’on a la goutte ?

 Pr Fadoua ALLALI : Non. Certaines personnes présentent une hyperuricémie sans jamais développer de crise de goutte. Un résultat biologique élevé ne suffit donc pas, à lui seul, à établir le diagnostic.
En revanche, cette découverte peut être l’occasion de faire le point sur la santé globale du patient : poids, tension artérielle, glycémie, bilan lipidique et fonction rénale. 
La décision de prescrire un médicament destiné à réduire l’acide urique dépend du contexte médical, et pas uniquement d’un chiffre sur une analyse.

 Dr Anwar CHERKAOUI : En quoi consiste le traitement de fond de la goutte ?

 Pr Fadoua ALLALI : Le traitement de fond vise à abaisser durablement le taux d’acide urique afin de dissoudre progressivement les cristaux et de prévenir les nouvelles crises.
L’allopurinol est l’un des médicaments les plus utilisés. 
Il est généralement commencé à faible dose, puis augmenté progressivement par le médecin, en fonction des résultats biologiques, de la tolérance et de la fonction rénale.

L’objectif habituel est d’obtenir un taux d’acide urique inférieur à 60 mg/L, soit 360 µmol/L. 

Chez certains patients présentant des dépôts importants de cristaux, appelés tophus, une cible plus basse peut être nécessaire.

Ce traitement doit être poursuivi régulièrement et, le plus souvent, au long cours. 
En cas d’intolérance, d’allergie ou de situation médicale particulière, d’autres options peuvent être envisagées. 

Le fébuxostat, notamment commercialisé sous le nom d’Adénuric, peut être proposé à certains patients après évaluation de ses bénéfices et de ses risques.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Pourquoi certains patients connaissent-ils davantage de crises au début du traitement de fond ?

 Pr Fadoua ALLALI : Cela peut paraître paradoxal, mais des crises peuvent effectivement survenir au début du traitement hypouricémiant. 
Les variations du taux d’acide urique pendant cette période peuvent déstabiliser les dépôts de cristaux et déclencher temporairement des poussées.
Pour réduire ce risque, le rhumatologue peut prescrire un traitement préventif pendant les premiers mois. Le patient doit être informé de cette possibilité afin d’éviter une interruption injustifiée.
Il est essentiel de ne pas arrêter spontanément l’allopurinol ou un autre traitement de fond lors d’une crise. 
En règle générale, le traitement se poursuit, sauf indication contraire du médecin.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Quelle alimentation faut-il adopter lorsqu’on souffre de goutte ?

 Pr Fadoua ALLALI : L’alimentation joue un rôle important, même si elle ne suffit généralement pas, à elle seule, à contrôler la maladie.
Il est conseillé de limiter les abats, les excès de viande rouge, certains fruits de mer, l’alcool — notamment la bière — ainsi que les boissons sucrées et les produits riches en fructose. 
Une hydratation suffisante est recommandée, en tenant compte des éventuelles restrictions prescrites en cas de maladie cardiaque ou rénale. 

Les laitages, notamment ceux qui sont peu gras, peuvent être favorables.

En revanche, il ne faut pas supprimer toutes les protéines ni entreprendre de régimes extrêmes.

Une perte de poids progressive, lorsqu’elle est nécessaire, est préférable aux régimes brutaux. 

Les conseils doivent être adaptés à chaque patient, idéalement avec l’aide de son rhumatologue et, si nécessaire, d’un professionnel de la nutrition.

 Dr Anwar CHERKAOUI : La goutte peut-elle également affecter les reins et le cœur ?

 Pr Fadoua ALLALI : Oui, et c’est un aspect essentiel de la prise en charge. La goutte peut s’accompagner de calculs rénaux et d’autres complications liées aux dépôts d’urate. 
Elle est également fréquemment associée à l’hypertension artérielle, au diabète, aux maladies rénales chroniques et aux maladies cardiovasculaires.

Cette association ne signifie pas que la goutte provoque systématiquement toutes ces maladies. 

Elle souligne toutefois la nécessité d’une évaluation globale, qui ne se limite pas à l’articulation douloureuse. 

Prendre en charge la goutte, c’est aussi rechercher les facteurs de risque associés et protéger la santé du patient dans son ensemble.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Peut-on contrôler durablement la goutte, au point de ne plus avoir de crises ?

 Pr Fadoua ALLALI : Oui. La goutte fait partie des maladies rhumatismales que l’on peut très bien contrôler lorsque le diagnostic est correctement établi et que le traitement est suivi régulièrement.
En maintenant le taux d’acide urique sous la cible fixée par le rhumatologue, les cristaux se dissolvent progressivement. 
Les crises peuvent devenir de moins en moins fréquentes, puis disparaître, tandis que les tophus peuvent diminuer au fil du temps.
La réussite repose sur plusieurs éléments : un traitement de fond adapté, un suivi médical régulier, le contrôle des maladies associées et des habitudes de vie appropriées. 
Le patient doit comprendre que l’absence de douleur ne signifie pas nécessairement que les cristaux ont disparu.

 Dr Anwar CHERKAOUI : Quel message essentiel souhaitez-vous adresser aux personnes qui souffrent de goutte ?

 Pr Fadoua ALLALI : Ne banalisez pas les crises et ne vous contentez pas de traiter la douleur lorsqu’elle apparaît. 
La goutte nécessite une prise en charge globale et durable. Un taux d’acide urique correctement contrôlé permet de prévenir les crises et de faire régresser progressivement les dépôts de cristaux.
Le traitement doit être personnalisé, suivi régulièrement et poursuivi dans la durée.

Avec un accompagnement médical adapté, il est possible de retrouver une meilleure qualité de vie et de réduire considérablement les conséquences de la maladie..

 Le message essentiel du guide  "Rhumato 10 X 10" 

La goutte n’est ni une fatalité ni une simple affaire de gros orteil. 

Elle se soigne et peut être contrôlée durablement. 

Lorsqu’un traitement de fond est indiqué, l’objectif habituel est de maintenir l’acide urique sous 60 mg/L, avec une cible parfois plus basse selon la situation médicale  clinique.

Le suivi par un rhumatologue permet de prévenir les crises, de dissoudre progressivement les cristaux et de surveiller les risques associés, notamment rénaux et cardiovasculaires.

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