Éditorial

Pour le Maroc, l’enjeu est de faire de la prévention un véritable investissement de santé publique

Pour le Maroc, l’enjeu est de faire de la prévention un véritable investissement de santé publique

 Dr Anwar CHERKAOUI 
 Expert en communication médicale et de santé

 Les traitements anticancéreux peuvent fragiliser les défenses immunitaires . 
 Une infection comme le zona peut alors ajouter douleur, consultations et dépenses à un parcours déjà complexe.

 À l’occasion du Congrès de l’économie de la santé, organisé à Rabat du 22 au 24 octobre 2026, la vaccination contre le zona chez les patients atteints de cancer, de maladies rhumatismales ou recevant des traitements immunosuppresseurs pose une question essentielle : combien coûte la prévention, et combien coûte son absence ? 

Au-delà de cette infection, les maladies rares, chroniques et invalidantes rappellent que l’évaluation économique des soins doit intégrer les complications évitables, la qualité de vie et les dépenses supportées par les patients, leurs familles et la collectivité.

Pour le Maroc, l’enjeu est de faire de la prévention un véritable investissement de santé publique.

 Le zona, quand une complication évitable alourdit le parcours de soins 

Le zona n’est pas une simple éruption cutanée.

Provoqué par la réactivation du virus responsable de la varicelle, il peut entraîner des douleurs intenses et persistantes, notamment des névralgies post-zostériennes, qui affectent le sommeil, l’autonomie et la qualité de vie.

Le risque mérite une attention particulière chez les personnes âgées, les patients atteints de certaines maladies chroniques, les personnes vivant avec un cancer et celles recevant des traitements immunosuppresseurs.

Dans ces situations, le zona peut s’ajouter à une maladie déjà lourde, multiplier les consultations, nécessiter des traitements antalgiques et compliquer le parcours thérapeutique.

La vaccination contre le zona, lorsqu’elle est indiquée, constitue donc un enjeu médical, mais aussi économique et social. 

Son évaluation doit mettre en balance le coût du vaccin, son efficacité, les populations concernées et les dépenses potentiellement évitées grâce à la prévention des complications. 

Il ne suffit pas d’affirmer que la vaccination permet des économies : il faut mesurer son rapport coût-efficacité et son impact budgétaire dans le contexte marocain.

Chez les patients atteints de cancer ou de maladies rhumatismales, la décision vaccinale doit être individualisée et coordonnée avec l’équipe médicale, en fonction de la maladie, du traitement et des recommandations applicables. 

L’objectif est de mieux intégrer la prévention infectieuse dans la stratégie thérapeutique.

 Du zona aux autres maladies : mesurer le véritable fardeau 

Cancer et immunosuppression : éviter une vulnérabilité supplémentaire. 

Les traitements anticancéreux peuvent fragiliser les défenses immunitaires. 

Une infection comme le zona peut alors ajouter douleur, consultations et dépenses à un parcours déjà complexe. 

Intégrer la vaccination indiquée aux soins de support, sans retarder ni compromettre le traitement du cancer, invite à considérer la prévention comme une composante de la qualité des soins.

 Maladies rhumatismales et rhumatisme psoriasique : préserver l’autonomie. 

Les maladies inflammatoires chroniques peuvent provoquer douleurs, limitations fonctionnelles et absentéisme professionnel. 

Les traitements immunosuppresseurs imposent également une vigilance infectieuse. 

Une prise en charge optimale associe contrôle de la maladie, suivi régulier, prévention adaptée et vaccination lorsque celle-ci est recommandée. 

Les bénéfices attendus concernent la santé, la qualité de vie et le maintien de l’activité sociale et professionnelle.

 BPCO : prévenir les exacerbations respiratoires. 

La bronchopneumopathie chronique obstructive peut conduire à des épisodes aigus, parfois responsables d’hospitalisations coûteuses. 

Le sevrage tabagique, les traitements appropriés, la réhabilitation respiratoire et les vaccinations recommandées contribuent à réduire les risques. 

L’économie de la santé doit comparer le coût des mesures préventives à celui des complications évitées, sans présumer que toute dépense de prévention entraîne automatiquement des économies.

 Maladies chroniques et handicap : un coût qui dépasse l’hôpital 

Diabète, maladies cardiovasculaires et autres affections de longue durée mobilisent durablement les ressources médicales. 

À ces dépenses s’ajoutent la perte de productivité, les besoins d’accompagnement et la charge supportée par les aidants. 

Au Maroc, une meilleure coordination entre soins hospitaliers, médecine de proximité, réadaptation et prévention peut contribuer à limiter les complications et à préserver l’autonomie.

 Bêta-thalassémie : du fardeau clinique au fardeau sociétal. 

Cette maladie génétique peut nécessiter des transfusions répétées, des traitements et une surveillance prolongée.

Le coût réel inclut aussi les déplacements, l’absentéisme et les répercussions familiales.

L’évaluation économique doit privilégier une approche de long terme, intégrant la qualité de vie et les besoins d’accompagnement.

 Maladies rares et surcharge lysosomale : concilier innovation et équité. 

Certains traitements sont particulièrement coûteux et concernent un nombre limité de patients. 

La décision de financement doit reposer sur les bénéfices cliniques, les données disponibles, le coût des alternatives et les conséquences d’une prise en charge tardive.

Diagnostic précoce, négociation des prix, expertise spécialisée et suivi des résultats sont essentiels pour concilier accès aux soins et soutenabilité financière.

 À Rabat, faire de la prévention une priorité économique 

Le Congrès de l’économie de la santé, prévu du 22 au 24 octobre 2026 à Rabat, offre un cadre pertinent pour débattre de ces arbitrages. 

L’enjeu n’est pas seulement de maîtriser les dépenses, mais d’orienter les ressources vers les interventions apportant les meilleurs résultats sanitaires, dans des conditions équitables.

Pour le Maroc, la vaccination des adultes, notamment contre le zona chez les personnes à risque, mérite une évaluation structurée : charge de la maladie, efficacité, coût, accessibilité, rapport coût-efficacité et modalités de financement. 

Des données nationales permettraient de mieux identifier les populations prioritaires et de guider les décisions publiques.

La question centrale est simple : faut-il attendre que les complications surviennent pour en payer le prix, ou investir dans une prévention pertinente et évaluée ? 

La réponse ne peut être exclusivement comptable. 

Elle doit associer les bénéfices pour les patients, la qualité de vie, l’équité d’accès et la soutenabilité du système de santé. 

La vaccination n’est pas une économie garantie dans toutes les situations ; elle peut toutefois constituer un investissement judicieux lorsque les bénéfices attendus sont démontrés et que l’accès est organisé de manière adaptée.

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