Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Dr Mounir BACHOUCHI, médecin-Oncologue, spécialiste en cancérologie
L’ASCO, l’Association américaine d’oncologie clinique, préconise d’intégrer la vaccination contre le zona aux vaccinations à envisager chez les adultes atteints de cancer.
La vaccination contre le zona peut aujourd’hui être considérée comme un élément de la prévention et des soins de support en oncologie, et non comme une mesure indépendante du traitement du cancer.
Certains traitements anticancéreux, chimiothérapie, thérapies ciblées, traitements qui diminuent les lymphocytes B ou greffe de cellules souches, peuvent affaiblir les défenses immunitaires.
Le virus varicelle-zona, qui reste dans l’organisme après une varicelle contractée dans l’enfance, peut alors se réactiver et provoquer un zona, parfois sévère ou compliqué à l’âge adulte suite à un traitement immunosuppresseur.
Pourquoi cette question devient-elle importante en cancérologie ?
Le zona n’est pas seulement une éruption cutanée douloureuse.
Chez une personne dont les défenses immunitaires sont diminuées, il peut être plus étendu, récidiver ou entraîner des complications neurologiques ou ophtalmologiques.
Il peut aussi laisser persister une douleur appelée névralgie post-zostérienne.
C’est notamment pour prévenir ces complications que les recommandations de l’ASCO, l’Association américaine d’oncologie clinique, préconisent d’intégrer la vaccination contre le zona aux vaccinations à envisager chez les adultes atteints de cancer.
Une règle fondamentale : choisir le bon moment
La question n’est donc pas seulement : « Faut-il vacciner une personne atteinte de cancer ? »
Elle est aussi : « À quel moment vacciner, par rapport au traitement anticancéreux ? ».
Lorsque cela est possible, il est préférable de vacciner avant le début d’une chimiothérapie ou d’un autre traitement susceptible d’affaiblir les défenses immunitaires.
Le patient a ainsi de meilleures chances de développer une réponse immunitaire satisfaisante.
Si le traitement a déjà commencé, la vaccination n’est pas nécessairement exclue.
Elle peut être envisagée à un moment où les défenses immunitaires sont suffisamment préservées.
Le calendrier doit être adapté à chaque situation, en fonction du cancer, du traitement et de du degré d’immunodépression.
Un avantage important : le vaccin contre le zona n’est pas un vaccin vivant
Le vaccin recombinant contre le zona (Shingrix) ne contient pas de virus vivant.
C’est un point important pour les personnes dont les défenses immunitaires sont diminuées.
À l’inverse, les vaccins vivants sont généralement à éviter chez les personnes immunodéprimées atteintes de cancer.
Une nouvelle façon de penser la prise en charge du cancer
La démarche peut se résumer en trois étapes :
• Avant le traitement anticancéreux, évaluer les vaccinations déjà reçues et celles qui sont nécessaires.
Lorsque cela est possible, vacciner contre le zona avant une période d’immunodépression.
• Pendant le traitement, réévaluer le degré d’immunodépression, choisir le moment le plus favorable à la vaccination et coordonner la décision entre l’oncologue, le médecin traitant et, au besoin, un infectiologue.
• Après le traitement, ne pas considérer que la question vaccinale est réglée.
La protection doit être réévaluée, notamment après une greffe ou certains traitements qui diminuent les lymphocytes B.
Cette coordination fait partie des recommandations de l’ASCO.
La Société Américaine d’oncologie médicale (ASCO) souligne également l’importance d’accorder une attention particulière à la vaccination des personnes atteintes de cancer.
Protéger aussi contre les complications du traitement
« En cancérologie, protéger l’immunité ne signifie pas seulement traiter le cancer : c’est aussi prévenir les infections que le traitement peut favoriser. »
Le zona illustre bien cette évolution.
À mesure que les traitements anticancéreux deviennent plus efficaces, la prévention de leurs complications infectieuses doit davantage s’intégrer au parcours de soins.
Il ne s’agit évidemment pas de vacciner automatiquement toute personne atteinte de cancer.
L’âge, le type de cancer, les antécédents de zona, le traitement prévu ou en cours et le degré d’immunodépression doivent être pris en compte par l’équipe médicale.
Le vaccin contre le zona ne traite pas le cancer, mais il peut contribuer à sécuriser le parcours thérapeutique.
La vaccination devient ainsi une composante de la prévention, au même titre que d’autres mesures de soins de support.
