Interview croisée entre le Dr Anwar CHERKAOUI et le Dr Bounhir BOUMEHDI
Cette interview essaye de mettre en lumière l’importance du dialogue entre cliniciens et radiologues.
Une meilleure communication permettrait d’éviter les erreurs, de rationaliser les examens et, surtout, d’améliorer la prise en charge des patients.
Dr Anwar CHERKAOUI (AC) : Dr Boumehdi, en tant que radiologue, vous êtes au cœur de la chaîne du diagnostic médical. Pourtant, il semble que la collaboration avec les cliniciens ne soit pas toujours fluide. Pourquoi certaines divergences ?
Dr Bounhir BOUMEHDI (BB) : Effectivement, les relations entre cliniciens et radiologues peuvent parfois être priblematiques. L’un des premiers problèmes vient des demandes d’examens trop vagues.
Quand un clinicien prescrit une imagerie avec une indication floue, nous devons deviner ce qu’il cherche.
Un "genou douloureux" sans contexte, c’est comme une enquête sans indice.
Cela peut mener à des comptes rendus trop généraux, voire inutiles pour la prise en charge.
Dr. AC : Ce manque de précision vient-il d’un manque de formation sur la prescription des examens radiologiques ou d’un manque de communication entre les deux spécialités ?
Dr. BB : Je dirais un peu des deux.
Certains cliniciens ne sont pas toujours formés à choisir l’imagerie la plus adaptée.
D’autres n’ont tout simplement pas le réflexe de détailler suffisamment l’ordonnance.
Le problème, c’est qu’avec la surcharge de travail, nous n’avons pas toujours le temps de contacter chaque médecin pour clarifier la demande.
Une pression grandissante des patients
Dr. AC : Un autre point de friction semble être la pression exercée par les patients eux-mêmes. Aujourd’hui, avec Internet, beaucoup exigent des scanners ou des IRM. Comment gérez-vous cette situation ?
Dr. BB : C’est un vrai défi. Les patients arrivent avec des idées préconçues sur ce dont ils ont besoin. Certains cliniciens, sous pression, cèdent à ces demandes, même si l’examen n’est pas médicalement justifié.
Mais en radiologie, nous devons être vigilants : multiplier les examens inutiles, c’est exposer le patient à des rayonnements ou à des faux positifs qui engendrent des examens complémentaires et de l’anxiété.
Dr. AC : Y a-t-il un dialogue suffisant entre cliniciens et radiologues sur ces questions ?
Dr. BB : Trés insuffisant.. En France, on estime que plus de 50 % des généralistes n’ont aucun contact direct avec un radiologue référent.
Au Maroc, nous manquons de statistiques, mais nous savons que beaucoup de prescriptions sont faites sans échange avec le radiologue.
C’est un vrai manque, car une discussion en amont éviterait bien des examens inutiles.
La bataille de la pertinence des examens
Dr. AC : Les cliniciens veulent aller vite, confirmer un diagnostic, comment vous radiologues, vous reagissez ?
Dr. BB : Nous essayons d’optimiser l’imagerie pour qu’elle apporte une réelle valeur ajoutée.
Par exemple, faire un scanner systématique pour un mal de dos sans signe d’alerte n’a aucun sens.
Dr. AC : Et avec les chirurgiens, la relation est-elle plus fluide ?
Dr. BB : Les chirurgiens interprètent les images avec leur prisme opératoire. Parfois, ils voient une anomalie que nous jugeons bénigne et qu’ils considèrent comme significative. Qui a raison ? Cela dépend du contexte. Mais là encore, un dialogue régulier entre nos spécialités permettrait de trancher plus facilement.
Comment améliorer la collaboration ?
Dr. AC : Quelles solutions proposez-vous pour améliorer cette communication entre cliniciens et radiologues ?
Dr. BB : Il y a plusieurs pistes : Des demandes d’examens plus précises, avec des informations cliniques claires.
Un dialogue plus direct, par téléphone ou via des plateformes numériques sécurisées. Une meilleure sensibilisation des patients, pour éviter les examens inutiles. Des réunions multidisciplinaires plus fréquentes, pour discuter des cas complexes.
Dr. AC : À l’ère de l’intelligence artificielle, pensez-vous que la technologie pourrait aider à fluidifier ces échanges ?
Dr. BB : L’IA peut nous aider à trier les examens, à guider les prescriptions et même à suggérer des protocoles d’imagerie adaptés.
Mais au final, le vrai défi reste humain : il faut apprendre à mieux communiquer pour mieux soigner.
Dr. AC : Un mot de conclusion ?
Dr. BB : Radiologues et cliniciens sont dans le même camp : celui du patient.
Le secret d’une prise en charge efficace repose sur une meilleure coopération. Moins de silences, plus d’échanges !
Cette interview essaye de mettre en lumière l’importance du dialogue entre cliniciens et radiologues.
Une meilleure communication permettrait d’éviter les erreurs, de rationaliser les examens et, surtout, d’améliorer la prise en charge des patients.
