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Diphtérie: une maladie ancienne qui rappelle que la vaccination reste une priorité

Diphtérie: une maladie ancienne qui rappelle que la vaccination reste une priorité

 Dr Anwar CHERKAOUI 
 Expert en communication médicale et de santé 

 Une infection bactérienne hautement contagieuse, potentiellement mortelle, mais largement évitable par la vaccination, rappelle le document d’information et de formation continue, partagé dans les groupes  wat SAP de médecins,  document du Dr Y. Elbnaissi, spécialiste des maladies infectieuses au CVMIT-HMIMV. 

Le rappel des données cliniques et des mesures de surveillance montre que la diphtérie demeure une question de santé publique qui exige vigilance, diagnostic précoce et couverture vaccinale élevée.

La diphtérie appartient à ces maladies que l’on pourrait croire reléguées aux livres d’histoire.

Pourtant, elle continue de représenter un risque de santé publique lorsque la couverture vaccinale diminue ou lorsque certaines populations échappent aux programmes de vaccination et de rattrapage.

Présentée dans le document du Dr Y. Elbnaissi, spécialiste des maladies infectieuses au CVMIT-HMIMV, la diphtérie est une toxi-infection bactérienne hautement contagieuse, principalement liée à Corynebacterium diphtheriae. 

Sa particularité tient moins à la présence de la bactérie elle-même qu’à la toxine qu’elle peut produire. 

Cette toxine est responsable des formes sévères et de plusieurs complications à distance.

 Une maladie qui peut rapidement devenir grave 

La contamination peut concerner l’enfant comme l’adulte.

Certaines catégories de personnes sont cependant particulièrement exposées aux formes graves, notamment les enfants de moins de quatre ans, les personnes âgées de plus de 20 ans et celles présentant certaines maladies chroniques ou une immunodépression.

La période d’incubation est généralement courte, inférieure à sept jours. 

Le début de la maladie peut sembler relativement banal : fièvre modérée, frissons, tachycardie, difficultés ou douleurs à la déglutition, nausées, vomissements et céphalées.

Puis peuvent apparaître les signes caractéristiques : des fausses membranes blanchâtres puis grisâtres, adhérentes aux amygdales et au pharynx, qui peuvent saigner lorsqu’elles sont détachées. 

Leur extension peut entraîner une obstruction des voies respiratoires.

Chez l’enfant notamment, cette obstruction peut devenir une urgence vitale en raison du calibre plus réduit des voies respiratoires.

Mais la diphtérie ne s’arrête pas nécessairement à la gorge. 
La toxine peut atteindre plusieurs organes. 
Le cœur peut être touché par une myocardite et des troubles du rythme, tandis que des complications neurologiques peuvent apparaître secondairement. 
Une atteinte rénale est également possible.

 Le temps est un élément déterminant 

Face à une suspicion de diphtérie, le diagnostic clinique occupe une place centrale. 

L’aspect de la gorge, l’existence d’adénopathies, l’altération de l’état général, un éventuel contexte de contage ou l’absence de vaccination ou de rappel doivent attirer l’attention.

La confirmation repose ensuite sur les prélèvements bactériologiques. 

Le document souligne l’importance de la culture, de l’identification du germe, de la recherche du gène de la toxine par PCR et de la vérification de la production effective de cette toxine.

La prise en charge ne doit cependant pas attendre toutes les confirmations lorsqu’une diphtérie est fortement suspectée.

L’antibiothérapie vise notamment à interrompre rapidement le portage et la contagiosité. 

Le sérum antidiphtérique, lui, constitue un élément essentiel du traitement car il neutralise la toxine circulante.

Le message thérapeutique est particulièrement clair : plus le traitement antidiphtérique est administré précocement, plus les chances de réduire la mortalité et les complications sont importantes. 

Le document scientifique , qui circule sur watsap, très bien documenté, rapporte une mortalité estimée à 4,2 % lorsque l’antitoxine est administrée dans les 24 à 48 heures, contre 24 % lorsqu’elle est administrée au cinquième jour.

 Autour du malade, surveiller et protéger 

La lutte contre la diphtérie ne concerne pas uniquement le patient. 

Les personnes ayant été en contact avec lui doivent faire l’objet d’une évaluation selon leur niveau d’exposition.

Les contacts à haut risque sont notamment ceux qui ont été directement exposés aux sécrétions respiratoires ou aux lésions cutanées, les membres du foyer ou encore les professionnels de santé ayant examiné le malade sans protection adéquate.

Selon le niveau de risque, la conduite peut associer vaccination, chimioprophylaxie et surveillance. 

Pour les contacts à haut risque, le document prévoit une surveillance active quotidienne pendant dix jours, ainsi qu’une chimioprophylaxie systématique et une vaccination selon le statut vaccinal.

Ces mesures s'accompagnent de précautions d’hygiène et de protection contre la transmission par gouttelettes et par contact.

 La vaccination, principal rempart 

L’histoire de la diphtérie montre à quel point la vaccination a transformé le paysage de cette maladie. 

Selon le document, le lancement du Programme élargi de vaccination a contribué à une baisse de plus de 90 % de l’incidence mondiale entre 1980 et 2000, dont à également bénéficie le Maroc.

Mais cette réussite peut être fragilisée lorsque la couverture vaccinale devient insuffisante. 

Le document souligne d’ailleurs une résurgence de la maladie dans plusieurs régions du monde, notamment dans un contexte de perturbation des programmes de vaccination.

Les vaccins antidiphtériques sont aujourd’hui principalement administrés sous forme de vaccins combinés, notamment avec les valences tétanique et coquelucheuse.

Le vaccin est présenté comme très efficace, avec une protection généralement comprise entre 95 et 98 % après vaccination. 

Des rappels sont toutefois nécessaires pour maintenir la protection au fil du temps.

 Au Maroc, le rattrapage vaccinal reste au cœur de la stratégie 

Le Maroc dispose d’une longue expérience de vaccination contre la diphtérie. 
Le document rappelle l’introduction du vaccin combiné contre la diphtérie, la poliomyélite, le tétanos et la coqueluche dès 1963, puis la mise en place du Programme élargi de vaccination en 1981 et sa restructuration en Programme national d’immunisation en 1987.

En 2025, la diphtérie a été intégrée au programme de rattrapage, avec un volume annoncé de 615 397 doses de vaccins comportant une composante antidiphtérique.

Au premier trimestre 2026, plusieurs actions ont également été engagées : renforcement de la vaccination de routine et du rattrapage, amélioration de la qualité et de la complétude des données et réunions avec les structures provinciales et préfectorales.

 Une bataille qui se joue aussi dans les données 

La vaccination ne se résume cependant pas au nombre de doses administrées. 
Le document insiste sur cinq points de vigilance : qualité des données, respect du calendrier vaccinal, couverture élevée et homogène, suivi des registres et rattrapage des personnes non vaccinées.

La diphtérie rappelle ainsi une règle fondamentale de santé publique : une maladie devenue rare n’est pas nécessairement une maladie devenue inoffensive.

La prévention repose sur une chaîne qui va de la vaccination au diagnostic précoce, de la surveillance épidémiologique à la prise en charge rapide des cas et au suivi rigoureux des contacts.

Dans cette chaîne, le vaccin demeure le premier rempart. 
Et lorsque la couverture vaccinale baisse, une maladie que l’on croyait appartenir au passé peut rapidement retrouver une place dans l’actualité sanitaire.

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