Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours de l’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis (ANRAC).
Longtemps perçu comme un produit associé au bien-être et à la relaxation, le cannabidiol (CBD) s’impose progressivement dans un champ beaucoup plus exigeant : celui de la dermatologie et de la dermocosmétique.
Au Maroc, cette évolution n’est plus théorique.
À ce jour, 141 produits à base de CBD sont enregistrés auprès de l’Agence Marocaine du Médicament et des Produits de Santé (AMMPS) et commercialisés à l’échelle nationale : 71 compléments alimentaires, 69 produits cosmétiques et un médicament.
Fait notable, 109 de ces enregistrements ont été réalisés en 2025, signe d’une accélération réglementaire et industrielle.
Une légitimité scientifique progressive
L’intérêt médical pour le CBD repose sur un socle biologique précis : le système endocannabinoïde.
Ce réseau physiologique joue un rôle clé dans la régulation de l’inflammation, du stress oxydatif, de la réponse immunitaire et de l’équilibre cellulaire.
Sa présence au niveau cutané explique pourquoi la recherche dermatologique s’y intéresse de près.
Contrairement aux actifs ciblant un symptôme unique, le cannabidiol agit comme modulateur de l’homéostasie cutanée, autrement dit comme régulateur global de l’équilibre de la peau.
Acné : premier terrain d’investigation
L’acné a constitué l’un des premiers champs d’étude structurés.
En 2014, une publication dans The Journal of Clinical Investigation démontrait que le CBD exerce des effets sébostatiques et anti-inflammatoires sur les sébocytes humains, cellules responsables de la production de sébum.
Cette découverte a ouvert la voie à des recherches élargies vers d’autres affections inflammatoires chroniques : eczéma, psoriasis, hypersensibilité cutanée.
Dans ces pathologies récidivantes, l’enjeu n’est pas seulement de traiter une poussée, mais d’accompagner la peau sur le long terme en renforçant sa tolérance et sa fonction barrière.
Cheveux et cuir chevelu : un nouvel axe
Les applications capillaires s’inscrivent dans la même logique.
Le cuir chevelu, véritable prolongement de la peau, dispose également d’un système endocannabinoïde fonctionnel.
Les publications scientifiques récentes soulignent le rôle des cannabinoïdes dans la modulation de l’inflammation locale et le maintien de l’équilibre folliculaire.
Cette approche positionne le CBD non comme un stimulant direct de la pousse, mais comme un régulateur de l’environnement biologique du cheveu.
Anti-âge : l’argument antioxydant
Le vieillissement cutané représente aujourd’hui l’un des segments les plus dynamiques de la dermocosmétique.
Pollution, rayonnements ultraviolets et stress oxydatif accélèrent la dégradation du collagène et de l’élastine.
Plusieurs synthèses scientifiques récentes mettent en évidence le potentiel antioxydant du cannabidiol, comparable à certains actifs déjà établis en cosmétique.
L’intérêt du CBD dans les soins anti-âge repose ainsi davantage sur la prévention biologique que sur la correction visible immédiate.
Il s’agit de protéger, stabiliser et préserver l’équilibre cutané sur le long terme.
Une dynamique mondiale… et marocaine
Les analyses sectorielles internationales confirment que les soins cutanés et capillaires figurent parmi les segments les plus dynamiques du marché mondial du CBD, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord et en Asie.
Au Maroc, cette tendance trouve une traduction réglementaire concrète.
Près de 69 produits cosmétiques à base de CBD, dont environ 40 spécifiquement dédiés aux soins de la peau, sont aujourd’hui autorisés sur le marché national sous la supervision de l’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis (ANRAC).
Le passage d’une phase exploratoire à une phase de déploiement structuré est désormais visible : opérateurs industriels engagés, formulations conformes aux standards internationaux, encadrement réglementaire renforcé.
Entre prudence scientifique et innovation encadrée
La littérature scientifique actuelle converge sur un point : le CBD présente des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et régulatrices intéressantes pour la physiologie cutanée.
Toutefois, la recherche clinique à grande échelle reste en développement, et l’évaluation à long terme de certaines indications nécessite encore des études complémentaires.
Dans ce contexte, le Maroc semble adopter une stratégie graduelle : structuration réglementaire, contrôle des enregistrements, diversification progressive des catégories de produits.
Une nouvelle étape pour la dermocosmétique marocaine ?
Le CBD n’est plus seulement un ingrédient tendance.
Il devient un actif étudié, encadré et intégré dans une approche biologique du soin.
La question n’est plus de savoir si le cannabidiol a une place en dermatologie, mais comment cette place sera consolidée scientifiquement et régulée économiquement.
Au croisement de la recherche, de l’innovation et de la réglementation, le Maroc s’inscrit désormais dans cette dynamique mondiale.
Et dans un secteur où la frontière entre cosmétique et science est de plus en plus fine, le véritable enjeu restera toujours le même : garantir efficacité, sécurité et crédibilité.
