Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Une étape majeure vient d’être franchie en rythmologie interventionnelle avec la première implantation régionale d’un pacemaker sans sonde, réalisée avec succès par le Dr Oussama Fassi Fihri à la Clinique Internationale Al Badie de Fès.
Une avancée technologique qui mérite d’être soulignée tant son impact clinique est concret pour les patients.
Le pacemaker classique, que nous connaissons bien, repose sur un boîtier implanté sous la peau, généralement en région pectorale, relié au cœur par une ou plusieurs sondes transveineuses.
Ces sondes constituent historiquement le maillon faible du système : risque d’infection, de déplacement, de fracture, de thrombose veineuse, sans oublier les complications liées à la loge chirurgicale.
Le pacemaker sans sonde, dit “leadless”, change radicalement de paradigme.
Il s’agit d’un dispositif miniaturisé, introduit par voie fémorale et directement implanté dans le ventricule droit, sans incision thoracique ni loge sous-cutanée, et surtout sans sonde endovasculaire.
Cette simplification structurelle réduit de façon significative les complications mécaniques et infectieuses liées au matériel.
En rythmologie cardiaque, l’apport est multiple.

Sur le plan infectieux, l’absence de loge et de sonde diminue le risque d’endocardite liée au matériel.
Chez les patients fragiles, diabétiques, insuffisants rénaux ou porteurs d’antécédents d’infection de dispositif, cette technologie représente une alternative précieuse.
Sur le plan vasculaire, l’abord fémoral évite l’occupation chronique des veines sous-clavières et caves supérieures.
Pour les patients dialysés ou ceux ayant un capital veineux limité, l’enjeu est considérable.
En tant que cliniciens confrontés à la préservation des accès vasculaires, les équipes spécialisées mesurent toute la valeur stratégique de cette approche.
Sur le plan fonctionnel, les performances hémodynamiques sont comparables à celles des pacemakers ventriculaires classiques, avec une excellente stabilité du dispositif grâce à son système d’ancrage intracardiaque.
L’absence de câble élimine le risque de fracture ou de dysfonctionnement lié à la sonde, source fréquente de réinterventions.
Sur le plan esthétique et psychologique enfin, l’absence de cicatrice thoracique et de boîtier palpable améliore l’acceptabilité chez certains patients, notamment les sujets jeunes ou très actifs.
Certes, le pacemaker sans sonde ne remplace pas toutes les indications des systèmes conventionnels, notamment lorsqu’une stimulation double chambre est nécessaire.
Mais dans les indications bien sélectionnées, il représente une évolution technologique cohérente, plus simple, plus épurée, plus sécurisée.
Cette première implantation régionale marque donc bien plus qu’un acte technique : elle traduit l’intégration de la rythmologie marocaine dans la dynamique internationale de l’innovation cardiovasculaire.
Elle ouvre surtout de nouvelles perspectives pour les patients, en alliant miniaturisation, sécurité et efficacité.
Félicitations au Dr Oussama Fassi Fihri et à toute l’équipe pour cette avancée qui honore la pratique médicale marocaine et renforce la qualité de l’offre en cardiologie interventionnelle régionale au Maroc.
