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Addictions en Afrique: Marrakech veut faire passer la médecine de la dépendance à celle de la reconstruction

Addictions en Afrique: Marrakech veut faire passer la médecine de la dépendance à celle de la reconstruction

 Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et de santé
 

Les 6 et 7 novembre 2026, Marrakech accueillera un double rendez-vous scientifique : le 9ᵉ Congrès de l’Association Marocaine d’Addictologie (AMA) et le 1er Congrès régional africain de l’International Society of Addiction Medicine (ISAM).

Sous le thème « Les addictions en Afrique : vers une approche intégrée, de la prévention à la réhabilitation », psychiatres, addictologues, chercheurs et spécialistes de plusieurs pays confronteront leurs expériences autour d'une conviction : une addiction ne se résume pas à un produit, et soigner une dépendance ne consiste pas uniquement à arrêter une consommation. 

 L'Afrique face à un défi sanitaire qui change de visage 

Pendant longtemps, parler d'addiction revenait presque automatiquement à évoquer l'alcool, le tabac ou les drogues.

Aujourd'hui, le paysage s'est considérablement élargi.

Aux dépendances aux substances psychoactives s'ajoutent les usages problématiques d'Internet, les jeux d'argent, certaines pratiques numériques compulsives et des comportements qui peuvent progressivement bouleverser la vie familiale, scolaire, professionnelle et sociale.

Le téléphone portable peut devenir une source de souffrance. 
Les jeux d'argent peuvent engloutir les économies d'une famille. 
Une consommation de substances peut masquer une dépression, un traumatisme psychologique ou une profonde solitude, relève Pr ÀMMORI, président de l’Association marocaine d’addictologie ( AMA). 

L'addictologie moderne doit donc regarder au-delà du produit pour comprendre la personne, son environnement et ses vulnérabilités.

C'est précisément l'ambition du rendez-vous scientifique de Marrakech, organisé à l'hôtel Savoy, sous l'impulsion de l'Association Marocaine d'Addictologie (AMA), présidée par le Dr Adil EL AMMOURI.

 Le Maroc, carrefour d'une addictologie africaine

La particularité de cette édition réside dans son ouverture continentale.

En accueillant le premier Congrès régional ISAM Afrique, le Maroc entend contribuer à une dynamique de coopération scientifique entre les pays africains.

L'objectif est notamment de développer des recherches adaptées aux réalités locales, plutôt que de transposer systématiquement des modèles élaborés dans d'autres contextes sanitaires et sociaux.

Pr Fatima EL OMARI, présidente de ce premier congrès régional, participera aux échanges sur les tendances émergentes en Afrique du Nord et les possibilités d'une prise en charge intégrée.

Des spécialistes de Dakar, du Caire, de Tunis et d'autres centres universitaires internationaux apporteront leurs expériences.

Pr Idrissa BA, de Dakar, présentera les défis de l'Afrique de l'Ouest, tandis que Pr Rania MAMDOUH, du Caire, abordera la nécessité de produire des connaissances scientifiques africaines pour améliorer les soins sur le continent.

Une question traverse cette démarche : comment construire des politiques de prévention et de traitement efficaces lorsque les ressources, les habitudes culturelles et les systèmes de santé diffèrent d'un pays à l'autre ?

 Quand les écrans deviennent un sujet médical 

L'une des dimensions les plus actuelles du programme concerne les jeunes et les usages numériques.

Pr Sophia ACHAB, de Genève, abordera les défis de la santé mentale des jeunes à l'ère digitale.

Pr Marc POTENZA, de l'Université Yale, présentera des travaux sur les usages problématiques d'Internet.

Car il existe une différence fondamentale entre utiliser intensément un écran et développer un comportement problématique.

Le critère déterminant n'est pas seulement le nombre d'heures passées devant un téléphone, mais la perte de contrôle et les conséquences sur le sommeil, les études, les relations sociales et l'équilibre psychologique.

Une communication scientifique marocaine s'intéressera notamment à la procrastination du coucher et à la dépression adolescente.

Une manière de rappeler qu'une addiction peut parfois s'installer sans bouteille, sans cigarette et sans substance illicite.

 Soigner les addictions, c'est aussi soigner les blessures invisibles 

Le programme accorde une place importante aux relations entre addictions et troubles psychiatriques.

Dépression, risque suicidaire, trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), traumatismes psychologiques et troubles liés à l'usage des opioïdes feront l'objet de présentations spécifiques.

Pr Rania MAMDOUH présentera une approche thérapeutique destinée aux femmes confrontées simultanément à des troubles liés à l'usage de substances et à des traumatismes psychologiques.

Le programme examinera aussi les vulnérabilités liées au genre, les violences sexuelles, l'exclusion sociale et leurs interactions avec les conduites addictives.

Le message scientifique est important : derrière une dépendance peut se cacher une souffrance qui mérite d'être identifiée et traitée.

 De l'abstinence à la réhabilitation : retrouver sa place dans la société 

Arrêter une consommation constitue parfois une étape décisive. 
Mais ce n'est pas nécessairement la fin du parcours thérapeutique.

Que devient une personne qui a cessé de consommer, mais qui a perdu son emploi, ses relations familiales ou sa confiance en elle ?

Le congrès consacrera plusieurs séances à cette dimension essentielle : le rétablissement et la réhabilitation.

Pr Yasser KHAZAAL, de Lausanne, s'intéressera au rétablissement dans les situations de rupture sociale.

La question de la pair-aidance sera également discutée : comment des personnes ayant elles-mêmes traversé une expérience addictive peuvent-elles accompagner d'autres patients sur le chemin du rétablissement ?

Une approche qui rappelle que l'expertise médicale et l'expérience vécue peuvent devenir complémentaires.

 Réalité virtuelle, neurosciences et nouvelles thérapies 

L'addictologie évolue également avec les innovations thérapeutiques.

À Marrakech, les participants examineront les perspectives de la réalité virtuelle associée à la neuromodulation non invasive, les thérapies cognitivo-comportementales et la gestion des contingences, une méthode reposant sur le renforcement de comportements favorables au rétablissement.

La place éventuelle des psychédéliques dans certaines stratégies thérapeutiques sera également discutée, dans un cadre scientifique.

Ces approches n'ont pas toutes le même niveau de validation clinique.

Leur présentation ne signifie donc pas qu'elles constituent des traitements systématiquement recommandés.

L'enjeu est de distinguer les innovations prometteuses des pratiques dont l'efficacité et la sécurité sont déjà suffisamment démontrées.

 Former les médecins et donner la parole aux jeunes chercheurs 

Le congrès ne se limitera pas aux conférences magistrales.

Des ateliers pratiques aborderont notamment la gestion des urgences addictologiques, les nouvelles substances psychoactives, les usages problématiques d'Internet et les outils thérapeutiques.

Les médecins résidents et les jeunes chercheurs présenteront également leurs travaux, indique Pr Ammori, président de l’AMA.

Parmi les sujets annoncés figurent les liens entre addictions et troubles alimentaires chez les adolescents, les connaissances des Marocains sur le cannabis médical, ainsi que les relations entre activité physique, envie irrépressible de consommer — appelée craving — et qualité du sommeil.

Ces recherches illustrent l'intérêt d'une addictologie attentive aux réalités quotidiennes des patients marocains.

 L'éthique médicale, dernier mot d'un congrès tourné vers l'humain 

La conférence de clôture, confiée au Pr Jamal Eddine KTIOUET, sera consacrée à l'éthique médicale en addictologie.

Un choix particulièrement significatif.

Car les personnes souffrant d'addictions sont encore trop souvent confrontées à la culpabilisation, aux préjugés et à la stigmatisation.

Or, une personne dépendante n'est pas simplement quelqu'un qui manquerait de volonté.

Elle peut présenter un trouble complexe, impliquant des mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux, qui nécessite une évaluation et une prise en charge adaptées.

La médecine doit donc conjuguer rigueur scientifique, respect de la dignité, confidentialité et accompagnement humain.

 De Marrakech à l'Afrique : transformer les connaissances en actions 

Le congrès s'achèvera notamment par un panel consacré à la construction de l'avenir de l'addictologie africaine, de la vision à l'action.

L'ambition est pertinente.

Mais le véritable succès d'une telle rencontre ne se mesurera pas uniquement au nombre de communications scientifiques ou à la réputation des intervenants.

Il se mesurera aussi à sa capacité à encourager la formation des professionnels, la prévention auprès des jeunes, l'accès aux soins, la coopération entre pays africains et la réinsertion des personnes concernées.

Car, finalement, la meilleure politique de lutte contre les addictions n'est pas celle qui juge le plus sévèrement les personnes dépendantes, mais celle qui prévient efficacement, soigne dignement et donne une véritable chance de se reconstruire.

C'est tout le sens du message que Marrakech entend porter les 6 et 7 novembre 2026.

Programme du 9ᵉ Congrès de l’Association Marocaine d’Addictologie (AMA) et le 1er Congrès régional africain de l’International Society of Addiction Medicine (ISAM)

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