Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Certaines problématiques qui traversent aujourd’hui la pratique de l’ophtalmologie au Maroc appellent des réponses claires, courageuses et résolument orientées vers l’intérêt du patient.
Car derrière chaque hésitation réglementaire, chaque vide organisationnel ou chaque dérive constatée, il y a un homme, une femme ou un enfant qui risque de voir sa santé visuelle compromise.
Le Syndicat National des Ophtalmologistes Libéraux du Maroc, qui fédère onze sociétés savantes et associations spécialisées et hyperspécialisées en ophtalmologie, alerte sur plusieurs dossiers majeurs qui méritent d’être traités comme de véritables priorités de santé publique.
L’un des sujets les plus sensibles concerne l’autorisation dérogatoire de l’utilisation intraoculaire de l’Avastin.
Dans de nombreux pays, cette pratique est encadrée et intégrée dans une stratégie visant à garantir un accès équitable aux traitements des maladies rétiniennes graves.
L’Avastin, dont l’efficacité est confirmée par de nombreuses études scientifiques internationales, est utilisé dans la prise en charge de pathologies telles que l’œdème maculaire diabétique, la dégénérescence maculaire liée à l’âge de forme néovasculaire ou encore les occlusions veineuses rétiniennes.
Ces affections figurent parmi les principales causes de cécité acquise.
Les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé insistent sur l’importance de garantir l’accessibilité aux traitements essentiels.
Or, certaines molécules spécifiquement indiquées pour ces pathologies représentent un coût particulièrement élevé.
L’Avastin, beaucoup plus abordable, constitue une alternative thérapeutique efficace et sûre lorsqu’elle est utilisée dans un cadre strictement contrôlé.
Permettre son usage intraoculaire de manière réglementée reviendrait à élargir l’accès aux soins, à réduire les inégalités et à prévenir des cas de cécité évitable.
Ne pas structurer ce cadre, c’est exposer certains patients à des renoncements thérapeutiques pour des raisons financières.
Autre priorité soulignée par les professionnels, la mise en place d’un examen ophtalmologique obligatoire avant l’entrée à l’école primaire .
Chaque année, des enfants commencent leur scolarité avec des troubles visuels non diagnostiqués.
Myopie importante, hypermétropie, astigmatisme ou amblyopie peuvent passer inaperçus et se traduire par des difficultés d’apprentissage injustement attribuées à un manque d’attention ou de capacité.
Le dépistage précoce permet d’éviter l’installation d’une amblyopie irréversible, d’améliorer les performances scolaires et de réduire les inégalités dès les premières années d’enseignement.
La santé visuelle conditionne la réussite éducative, l’estime de soi et l’intégration sociale.
Inscrire cet examen dans une stratégie nationale de prévention constituerait un investissement durable pour l’avenir.
Enfin, le syndicat dénonce avec fermeté la prolifération de publicités médicales illégales et de pratiques anti-déontologiques sur les réseaux sociaux.
Certaines communications, fondées sur des promesses spectaculaires ou des arguments commerciaux agressifs, banalisent l’acte médical et transforment le patient en simple consommateur.
Ces dérives fragilisent la confiance dans la profession et exposent les citoyens à des choix non éclairés.
La médecine ne peut être réduite à une logique de marketing.
Informer le public est un devoir, vendre du rêve médical en est une déviation.
Un renforcement du cadre réglementaire et des mécanismes de contrôle s’impose pour préserver l’éthique, protéger les patients et garantir une information fiable et responsable.
À travers ces prises de position, le Syndicat National des Ophtalmologistes Libéraux du Maroc affirme qu’il ne s’agit pas de revendications corporatistes mais d’un engagement en faveur d’une meilleure qualité des soins.
L’ophtalmologie marocaine dispose des compétences et des infrastructures nécessaires.
Ce qui reste à consolider, c’est l’environnement réglementaire, préventif et éthique qui permettra d’assurer à chaque citoyen le droit fondamental de préserver sa vue et sa dignité.
