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Nouveauté thérapeutique en ophtalmologie marocaine : un consensus scientifique national pour préserver la vision

Nouveauté thérapeutique en ophtalmologie marocaine : un consensus scientifique national pour préserver la vision

Dr Anwar CHERKAOUI Expert en communication et journalisme de santé

Face à la progression constante des maladies rétiniennes cécitantes, la communauté ophtalmologique marocaine vient de franchir un cap important.

Les principales sociétés savantes en ophtalmologie du Royaume ont rendu public un consensus national sur l’utilisation d’un médicament "bévacizumab" en injections intravitréennes, affirmant unanimement son intérêt thérapeutique majeur et appelant à un encadrement réglementaire clair et sécurisé.

Les pathologies rétiniennes néovasculaires et exsudatives, dont la prévalence ne cesse d’augmenter, représentent aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge de forme néovasculaire, l’œdème maculaire diabétique, les occlusions veineuses rétiniennes ou encore les néovascularisations compliquant la myopie forte et exposent des milliers de patients à une perte visuelle sévère et irréversible en l’absence de traitement adapté.

Les injections intravitréennes d’anti-VEGF constituent le standard thérapeutique international dans ces affections.

Elles permettent non seulement de stabiliser l’acuité visuelle, mais souvent de l’améliorer, transformant ainsi le pronostic fonctionnel de ces maladies autrefois redoutées.

Au cœur de ce consensus figure le bévacizumab, commercialisé.

S’il dispose au Maroc d’une autorisation de mise sur le marché pour des indications oncologiques systémiques, son utilisation en ophtalmologie relève d’un usage hors AMM.

Cette situation, fréquente à l’échelle internationale, repose toutefois sur des données scientifiques solides.

Les grandes études multicentriques internationales, notamment CATT et IVAN, ainsi que plusieurs méta-analyses, ont démontré une efficacité anatomique et fonctionnelle comparable à celle des autres anti-VEGF disposant d’une autorisation spécifique en ophtalmologie.

Son profil de sécurité est également jugé similaire, à condition que la préparation et l’administration soient réalisées dans des conditions d’asepsie rigoureuses.

Au-delà de l’efficacité clinique, l’argument médico-économique est central.

Le coût unitaire du bévacizumab est plus de dix fois inférieur à celui des alternatives disposant d’une AMM ophtalmologique.

Dans un contexte de généralisation de la couverture médicale, cette différence représente un levier stratégique majeur.

Elle permet d’étendre l’accès au traitement à un plus grand nombre de patients, d’assurer la continuité des injections nécessaires au maintien des résultats visuels et de générer des économies substantielles pour les organismes d’assurance maladie, les établissements de soins et les patients eux-mêmes.

Cette démarche s’inscrit pleinement dans la dynamique du chantier royal de la Couverture Médicale Universelle, impulsé par le Roi Mohammed VI, visant à garantir des soins équitables, accessibles et durables à l’ensemble des citoyens.

Conscientes des enjeux médico-légaux liés à l’usage hors AMM, les sociétés savantes signataires ont élaboré un protocole national strict.

Celui-ci encadre le fractionnement des flacons sous flux laminaire selon des procédures aseptiques validées, impose des normes rigoureuses de stérilisation, de traçabilité et de conservation, prévoit l’obtention d’un consentement éclairé spécifique et exige la déclaration systématique de tout effet indésirable.

Un dispositif de supervision et d’audit est également recommandé afin de garantir une application homogène des bonnes pratiques sur l’ensemble du territoire.

Les signataires appellent désormais les autorités sanitaires à mettre en place un cadre réglementaire clair et sécurisant, notamment sous forme d’Autorisation Temporaire d’Utilisation, à clarifier la responsabilité des prescripteurs et des préparateurs agissant conformément aux protocoles validés et à garantir un accès équitable à ce traitement pour tous les patients marocains.

De nombreux pays ont déjà adopté des dispositifs similaires, encadrant officiellement l’usage ophtalmologique du bévacizumab.

Ce consensus, signé par la Société Marocaine d’Ophtalmologie, le Syndicat National des Ophtalmologistes Libéraux du Maroc, la Société Marocaine de Pathologie Vitreo-Rétinienne et l’Académie Universitaire Marocaine d’Ophtalmologie, traduit une position unie de la communauté scientifique nationale.

Il se veut à la fois scientifique, éthique et responsable.

À l’heure où le vieillissement de la population et la progression du diabète accentuent la pression sur les services d’ophtalmologie, préserver la vision des Marocains dépasse le cadre strictement médical.

Il s’agit d’un enjeu social, économique et humain majeur.

En posant les bases d’un encadrement clair et d’un accès élargi à un traitement efficace et soutenable, la communauté ophtalmologique marocaine affirme sa volonté de conjuguer excellence des soins et responsabilité collective.

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