Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et de santé
Du 7 au 9 octobre 2026, Paris devient pendant trois jours l’un des rendez-vous importants de la médecine génomique et de la médecine de précision.
Le 12e Congrès de la Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP) réunit cliniciens, généticiens, biologistes, bio-informaticiens, chercheurs, industriels, décideurs publics et représentants des patients autour d’une question majeure : comment faire passer les innovations de la recherche à la pratique médicale ?
Le programme donne une idée de l’ampleur du bouleversement en cours : génomique, intelligence artificielle, multiomique, pharmacogénomique, biopsie liquide, ADN tumoral circulant, maladie résiduelle mesurable, thérapies ciblées, organoïdes, modélisation 3D, jumeaux numériques, génétique des maladies rares et nouveaux outils d’aide à la décision médicale.

Mais derrière cette avalanche d’innovations, une question concerne directement le Maroc :
Notre système de génétique médicale est-il aujourd’hui suffisamment préparé pour absorber ces nouvelles technologies, les évaluer, les adapter et, surtout, les rendre accessibles aux patients marocains ? , s’interroge Pr Karim OULDIM, président de la société marocaine de génétique médicale (SMGM) qui particpe aux travaux sceptiques du congrès de Paris du 7 au 9 octobre 2036 sur la médecine génomique.
De Paris au Maroc : le vrai enjeu n’est pas de suivre, mais de transposer
Le Maroc ne peut évidemment pas reproduire à l’identique les dispositifs français ou européens.
Les systèmes de santé, les financements, les infrastructures, les ressources humaines et les mécanismes de remboursement ne sont pas comparables.
Mais cela ne signifie pas que ces innovations soient hors de portée.
Au contraire, le congrès parisien peut constituer une véritable source d’inspiration et de transfert de connaissances pour le Maroc.
Parmi les sujets particulièrement intéressants figurent le profilage génomique complet utilisé en routine, la pharmacogénétique, les analyses multiomiques, le séquençage « long read », la biopsie liquide et le suivi de l’ADN tumoral circulant.
Dans le cancer, la médecine génomique peut permettre de mieux identifier certaines anomalies tumorales, de sélectionner des traitements ciblés et, dans certaines situations, de suivre la maladie grâce à la maladie résiduelle mesurable ou à l’ADN tumoral circulant.
Le programme consacre d’ailleurs plusieurs sessions à ces nouvelles approches.
Pour le Maroc, l’intérêt est évident : mieux caractériser les cancers marocains, mieux orienter certains traitements et éviter, lorsque cela est possible, des thérapeutiques inefficaces ou inutilement lourdes.
Les maladies rares : autre domaine où le Maroc peut gagner
La génétique ne concerne pas uniquement le cancer.
Le congrès consacre une place importante aux maladies rares, au diagnostic génétique, aux nouvelles thérapies et au développement de parcours de soins adaptés.
Il aborde notamment les thérapies ciblées, les thérapies utilisant CRISPR/Cas9 et l’adaptation des systèmes de santé à l’ère des traitements individualisés.
Pour le Maroc, le bénéfice pourrait être considérable.
Un meilleur accès au diagnostic génétique pourrait contribuer à réduire certaines années d’errance diagnostique, améliorer l’orientation des familles et permettre, dans les situations où elles existent, d’identifier plus rapidement les possibilités thérapeutiques.
Mais encore faut-il disposer de généticiens, biologistes moléculaires, bio-informaticiens, conseillers en génétique et plateformes techniques capables d'interpréter correctement ces données.
L’intelligence artificielle change également la donne
L’IA occupe une place importante dans le programme parisien.
Elle est présentée comme un outil capable d’intervenir dans l’analyse des données génomiques, la médecine personnalisée, l’aide à la décision et même l’accélération du développement de traitements ciblés.
Le Maroc dispose déjà d’un écosystème universitaire, médical et technologique qui pourrait progressivement s’approprier certaines de ces applications.
Mais là encore, l’achat d’une technologie ne suffit pas.
Il faut des données de qualité, des professionnels formés, des infrastructures informatiques sécurisées, des règles éthiques et juridiques claires et surtout une capacité à vérifier la pertinence des outils utilisés.
Une question centrale : combien cela coûtera-t-il ?
C’est probablement l’un des grands sujets que le Maroc doit anticiper.
Le programme de la SFMPP montre que les pays qui avancent dans la médecine génomique ne réfléchissent pas seulement à la technologie. Ils discutent également de son évaluation, de son financement, de son remboursement et de son intégration dans le droit commun.
C’est une leçon importante pour le Maroc.
La médecine génomique ne doit pas devenir une médecine à deux vitesses : une médecine ultra-moderne pour quelques patients capables de financer les examens les plus coûteux, et une médecine traditionnelle pour tous les autres, tiens à relever Pr Karim. Ouldim, président de la société marocaine de génétique médicale (SMGM).
La véritable question est donc :
quelles innovations devons-nous adopter en priorité, pour quels patients, avec quelles preuves scientifiques et avec quel modèle de financement, s’interroge Pr Ouldim.
Le Maroc doit-il avoir sa propre feuille de route génomique ?
C’est probablement l’une des principales leçons à tirer de ce congrès.
La France elle-même organise des États généraux de la médecine génomique, avec l’objectif de dresser un état des lieux et de formuler des recommandations concernant notamment l’évaluation et le financement de ces innovations.
Pourquoi le Maroc ne pourrait-il pas, à son tour, engager une réflexion nationale ?
Une telle démarche pourrait réunir ministère de la Santé, facultés de médecine, hôpitaux universitaires, GST, laboratoires publics et privés, généticiens, biologistes, oncologues, pharmaciens, bio-informaticiens, chercheurs, industriels, associations de patients et organismes d’assurance maladie.
L’objectif ne serait pas de copier la France.
Il s’agirait de déterminer ce qui est immédiatement transposable au Maroc, ce qui nécessite une adaptation et ce qui doit encore attendre.
Paris peut être un laboratoire d’idées pour le Maroc
Le 12e Congrès de la SFMPP présente une médecine de précision de plus en plus intégrée : génomique, IA, biologie moléculaire, oncologie, maladies rares, pharmacologie, éthique, économie de la santé et participation du patient.
Le congrès insiste lui-même sur le transfert des innovations vers les pratiques et sur la construction d’une médecine de précision intégrée, éthique et centrée sur le patient.
Pour le Maroc, l’enjeu n’est donc pas de courir derrière chaque nouveauté.
Il est de savoir choisir.
Choisir les technologies qui peuvent réellement améliorer la santé des Marocains.
Former les professionnels capables de les utiliser.
Créer les plateformes nécessaires.
Développer la recherche marocaine.
Organiser le financement.
Garantir l’équité d’accès.
Et protéger les données génétiques des citoyens.
Car la médecine génomique n’est plus seulement une affaire de laboratoire.
Elle devient une question de politique de santé publique.
Et la question que le congrès de Paris devrait nous inciter à poser au Maroc est finalement simple :
Si la médecine de demain se construit aujourd’hui autour du génome, de l’IA et de la médecine personnalisée, le Maroc est-il prêt à franchir le pas, et surtout, dispose-t-il des moyens humains, techniques, financiers et réglementaires pour transformer ces innovations en bénéfices réels pour ses patients ?
Le programme du 2e Congrès de la Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP)
