Par Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Pr Romain TCHOUA, président de la Société Africaine de Médecine d’urgence
L’Afrique est un continent de lumière, de ressources et de vitalité.
Mais elle est aussi une terre en première ligne face à de nombreuses menaces sanitaires.
Des épidémies récurrentes d’Ebola à la résurgence de la rougeole, en passant par le paludisme résistant, les flambées de choléra, la fièvre de Lassa, la dengue, la menace persistante du VIH/sida, ou encore l’ombre planante de nouvelles zoonoses, le spectre des pandémies rôde.
À ces défis sanitaires s’ajoutent les catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes — inondations, glissements de terrain, sécheresses prolongées —, ainsi que les tragédies humaines liées aux conflits armés et aux déplacements de populations.
Dans cet environnement d'incertitude permanente, la médecine d’urgence ne doit plus être le maillon faible du système de santé Africain. .Elle doit en devenir la colonne vertébrale.
Une réponse fragmentée est une réponse fragile.
Alors qu’une réponse mutualisée est une réponse efficace.
C’est dans cet esprit qu’est née la Société Africaine Francophone de Médecine d’Urgence (SAFMU), devenue aujourd’hui un pôle d’expertise, de coordination et d’innovation.
Elle regroupe les urgentistes africains, qu’ils soient en service hospitalier ou en médecine préhospitalière, militaires ou civils, chercheurs et formateurs.
Ce réseau de compétences, ancré dans les réalités locales mais ouvert sur les expériences globales, est un levier stratégique incontournable pour affronter les crises sanitaires qui menacent les peuples Africains.
Ce que la médecine d’urgence africaine peut et doit offrir :
Une détection rapide des signaux faibles : en formant les équipes sur le terrain à identifier les signes avant-coureurs d’une épidémie, même en l’absence de tests sophistiqués.
Une prise en charge précoce et structurée : limiter la mortalité dans les premières heures, c’est le cœur même de la médecine d’urgence.
La standardisation des réponses : grâce à des protocoles validés et adaptés aux contextes africains, mutualisés entre les pays.
Une force de réaction mobile et transfrontalière : parce qu’un virus ne connaît pas les frontières, les médecins Africains doivent pouvoir les franchir sans lourdeurs administratives.
Un plaidoyer pour des financements durables et adaptés : en conjuguant les efforts des États africains avec les appuis de l’Union Africaine, de l’OMS, et des partenaires techniques.
La mutualisation des moyens : une urgence en soi
Mutualiser, ce n’est pas seulement partager des camions, des tentes ou des médicaments.
C’est créer une intelligence collective.
C’est bâtir des écoles de médecine d’urgence africaines.
C’est créer un registre commun des catastrophes, un centre de veille épidémiologique d’urgence, des équipes médicales d’intervention rapide mobilisables de Dakar à Djibouti, de Libreville à Al Houceima.
L’union fait la vie
Face aux urgences sanitaires, l’Afrique ne peut plus attendre les secours venus d’ailleurs.
Elle doit être sa propre réponse.
Et pour cela, elle dispose d’un trésor trop souvent sous-estimé : ses hommes et ses femmes de santé.
La médecine d’urgence africaine, si elle est soutenue, coordonnée, reconnue, et bien financée, peut devenir l’arme la plus puissante du continent Africain pour anticiper les épidémies, sauver les blessés, rassurer les populations, et écrire une nouvelle page d’autonomie sanitaire.Africaine.
L’Afrique n’a pas besoin d’assistance.
Elle a besoin de confiance, de coordination, et de courage.
Et la SAFMU, portée par des urgentistes engagés comme le Pr Romain TCHOUA, est prête à incarner ce souffle nouveau.
Il est temps d’agir, ensemble, avant que la prochaine crise ne nous rappelle cruellement ce que nous aurions pu – et dû – anticiper.
