Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Dr Sonia ABAHOU, présidente de la Société Marocaine de diabétologie (SMD).
Le diabète et la grossesse ne font pas bon ménage lorsqu’ils sont ignorés, mais ils peuvent coexister harmonieusement lorsqu’ils sont anticipés et encadrés par le médecin diabetologue.
À Tanger, le 3eme Congrès de la Société Marocaine de Diabétologie consacre une large place à une question qui touche à la fois l’intime et le collectif : le diabète chez la femme enceinte.
Pendant trois jours, spécialistes marocains et experts internationaux vont rappeler que derrière chaque grossesse compliquée par un trouble glycémique se joue un double enjeu, celui de la santé maternelle et celui de l’avenir métabolique de l’enfant.
Le diabète au cours de la grossesse présente des particularités qui le distinguent des autres situations cliniques.
Il peut concerner des femmes déjà connues comme diabétiques avant la conception, qu’il s’agisse d’un diabète de type un ou de type deux.
Dans ce cas, la grossesse doit être préparée avec rigueur.
L’équilibre glycémique en amont de la conception est déterminant, car les premières semaines sont décisives pour le développement embryonnaire.
Un contrôle insuffisant expose à un risque accru de complications maternelles et fœtales.
Il existe également un diabète qui apparaît pendant la grossesse, souvent révélé au cours du deuxième trimestre.
Ce diabète dit gestationnel résulte des modifications hormonales propres à la grossesse, qui induisent une résistance physiologique à l’insuline.
Même s’il survient après la phase de formation des organes et n’entraîne généralement pas de malformations, il n’est pas pour autant anodin.
Une hyperglycémie mal contrôlée peut favoriser une croissance excessive du fœtus, compliquer l’accouchement et exposer le nouveau-né à des déséquilibres métaboliques précoces.
À plus long terme, l’enfant comme la mère présentent un risque accru de développer un diabète de type deux.
Face à ces enjeux, les précautions à prendre sont clairement établies.
Le dépistage systématique pendant la grossesse constitue la première étape.
Identifier précocement un trouble de la tolérance au glucose permet d’agir avant l’apparition des complications.
L’équilibre glycémique repose ensuite sur une stratégie personnalisée associant alimentation adaptée, activité physique compatible avec la grossesse et autosurveillance régulière des glycémies.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, l’insuline demeure le traitement de référence, car elle permet un contrôle précis sans risque pour le fœtus.
Le suivi obstétrical doit être renforcé.
La surveillance de la croissance fœtale, de la tension artérielle maternelle et des paramètres biologiques est essentielle pour prévenir des complications telles que la pré-éclampsie ou les difficultés lors de l’accouchement.
La période qui suit la naissance n’est pas moins importante.
Même si le diabète gestationnel disparaît le plus souvent après l’accouchement, un contrôle métabolique est indispensable, car cette grossesse constitue un signal d’alerte pour l’avenir.
Dans cette organisation complexe, la place du médecin diabétologue est centrale.
À Tanger, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’un travail en équipe associant diabétologue, gynécologue-obstétricien, sage-femme et nutritionniste.
Le diabétologue ajuste les objectifs glycémiques, adapte les traitements, interprète les relevés d’autosurveillance et accompagne la patiente dans la compréhension de sa maladie.
Son rôle ne se limite pas à la prescription.
Il est aussi pédagogue, éducateur et coordinateur.
Chez les femmes déjà diabétiques, son intervention commence avant même la grossesse. Il prépare le terrain métabolique, évalue les complications éventuelles et planifie une stratégie thérapeutique compatible avec la gestation.
Pendant la grossesse, il adapte en permanence les doses d’insuline en fonction des variations hormonales et des besoins évolutifs.
Après l’accouchement, le médecin diabetologue assure la continuité du suivi pour prévenir l’installation d’un diabète chronique.
Le congrès de Tanger, 26/ 28 mars 2026 va mettre la lumière sur une réalité simple mais exigeante : le diabète et la grossesse ne font pas bon ménage lorsqu’ils sont ignorés, mais ils peuvent coexister harmonieusement lorsqu’ils sont anticipés et encadrés.
La clé réside dans la précocité du diagnostic, la rigueur du suivi et la coordination des compétences.
À travers cette mobilisation scientifique, la Société Marocaine de Diabétologie envoie un message fort : protéger la santé métabolique des femmes, c’est aussi investir dans la santé des générations futures.
