Dr Anwar CHERKAOUI avec le concours du Dr BOUMEHDI Bounhir, médecin radiologue
Le scanner (tomodensitométrie) utilise des rayonnements ionisants.
À faibles doses, comme celles délivrées par un scanner, le risque existe théoriquement, mais il est faible et probabiliste, jamais certain.
Quand les scanners se répètent, le mécanisme repose sur trois points essentiels.
D’abord, il y a la dose cumulée.
Chaque scanner apporte une petite dose de rayonnement.
Un examen isolé expose peu, mais des examens répétés sur une longue période peuvent conduire à une accumulation de doses, augmentant légèrement la probabilité d’altérations de l’ADN.
Ce risque reste statistique, pas individuel ni automatique.
Ensuite, il y a la capacité de réparation du corps.
Nos cellules disposent de mécanismes très efficaces pour réparer l’ADN.
La grande majorité des lésions induites par les rayonnements de faible dose sont corrigées.
Le risque apparaît lorsque, très rarement, une lésion échappe à la réparation et concerne une cellule susceptible de se transformer à long terme. Cela explique pourquoi on parle de risque potentiel, jamais de certitude.
Enfin, il y a la sensibilité des tissus et de l’âge.
Les enfants et les adolescents sont plus sensibles, car leurs cellules se divisent plus rapidement et leur espérance de vie est plus longue, laissant plus de temps à un éventuel cancer pour se développer.
Certains organes, comme la thyroïde, la moelle osseuse, les seins ou les gonades sont aussi plus radiosensibles que d’autres.
Ce que la répétition de scanners ne veut PAS dire
Répéter des scanners ne signifie pas qu’un cancer va apparaître.
Même après plusieurs examens, le risque absolu individuel reste faible, surtout chez l’adulte.
Il est très inférieur au risque lié au tabac, à l’obésité, à l’alcool ou à certaines infections chroniques.
Il n’existe aucune preuve directe montrant qu’un scanner précis a causé un cancer chez une personne donnée.
Les données disponibles reposent sur des modèles statistiques à l’échelle de populations entières, pas sur des relations de cause à effet individuelles.
Quand la répétition devient une vraie question médicale
Le sujet devient pertinent lorsque : les scanners sont fréquents et rapprochés,
ils concernent des enfants ou des jeunes patients,
ils sont demandés sans indication claire,
ou lorsqu’il existe des alternatives sans irradiation (IRM, échographie) non explorées.
C’est pour cela que la médecine moderne repose sur trois principes clés en imagerie : justification, optimisation et limitation des doses.
La balance bénéfice–risque reste centrale
Un scanner répété mais médicalement indispensable reste largement bénéfique.
Un scanner peut :
détecter un cancer précoce,
révéler une hémorragie,
éviter une chirurgie inutile,
sauver une vie.
Dans ces situations, le bénéfice est infiniment supérieur au risque théorique à long terme.
La répétition des scanners peut augmenter légèrement le risque de cancer de façon statistique, par accumulation de faibles doses de rayonnements ionisants, surtout chez les sujets jeunes et en cas d’examens non justifiés.
Par ailleurs, les risques potentiels peuvent être prévenus par le port de protection plombée, notamment le cache thyroïde, le suspensoir gonades, les lunettes plombées et le gilet pour femme enceinte...
Ce qu’il faut retenir, ce risque reste faible, non certain, non immédiat, et ne doit jamais conduire à refuser un scanner nécessaire pour diagnostiquer une maladie et entreprendre les traitements à temps.
En conclusion, le véritable enjeu n’est pas de craindre le scanner, mais de l’utiliser intelligemment.
